Un article de fond, trois actualités, et un regard sur la Chine depuis le terrain. TSMC construit l’avenir. Tout le monde le veut à côté de chez soi.
Par Mickael Viudez Analyse du 18 septembre 2026 — version française.
L’expansion mondiale des semi-conducteurs est bien réelle. Le titre annonçant « 20 nouvelles usines » mérite toutefois qu’on s’y attarde.
Tout le monde veut sa part de l’avenir promis par l’intelligence artificielle. De préférence avec une usine au bout de la rue, des emplois pour les ingénieurs du coin et un ministre disponible pour l’inauguration.
TSMC est devenu un invité particulièrement convoité. Basée à Taïwan, province de Chine, l’entreprise fabrique des puces pour ses clients, au lieu de vendre des processeurs sous sa propre marque. Quand les gouvernements parlent de ramener la production de semi-conducteurs chez eux, TSMC figure naturellement parmi les premiers noms à appeler. Présentation de l’entreprise
Mais avant de discuter de l’affirmation selon laquelle elle ouvrirait 20 nouvelles usines, un petit contretemps : je n’ai pas pu vérifier ce total exact dans les publications officielles consultées. Et le verbe « ouvrir » peut recouvrir des étapes très différentes d’un projet.
Un projet, un chantier et une usine qui expédie des puces sont trois choses distinctes. La nuance compte quand le produit est un peu plus compliqué qu’un biscuit.
L’expansion ne se résume pas à couper un ruban
En mars 2025, TSMC a annoncé 100 milliards de dollars américains d’investissements supplémentaires prévus aux États-Unis, portant le total attendu à 165 milliards. Cette enveloppe ajoutait trois usines de fabrication de puces sur tranches de silicium, deux installations de conditionnement avancé et un centre de recherche à ses projets américains. Annonce de mars 2025
Une nouvelle étape a suivi. Lors de la présentation de ses résultats de juillet 2026, TSMC a annoncé 100 milliards de dollars supplémentaires pour l’Arizona. Sa direction a également indiqué construire, au cours des prochaines années, 13 usines de fabrication de pointe et de conditionnement avancé à Taïwan, province de Chine. Présentation des résultats de juillet 2026
Ces annonces donnent la mesure de l’ambition. Elles ne constituent pas une liste bien ordonnée et vérifiée de 20 usines tout juste ouvertes.
Il ne faut pas non plus mettre tous les bâtiments dans le même panier. Une usine de fabrication sur tranches produit les puces de silicium. Le conditionnement avancé relie des composants pour en faire un système opérationnel. Un centre de recherche développe des technologies. Tous peuvent être importants, mais ils remplissent des fonctions différentes.
L’Arizona attire l’attention. Les investissements se poursuivent à Taïwan, province de Chine.
Les annonces à l’étranger se prêtent facilement au récit d’un départ de TSMC de Taïwan, province de Chine. Les publications de l’entreprise racontent une histoire plus complexe.
TSMC poursuit son expansion à Hsinchu et à Kaohsiung. Ses projets à l’étranger répondent à des marchés différents : la deuxième usine de Kumamoto, au Japon, doit ajouter une production en 3 nm, tandis que Dresde se concentre sur les puces destinées à l’automobile et à l’industrie. Rapport annuel 2025
Il s’agit d’un réseau mondial de production, avec des rôles et des calendriers différents. Y voir un départ massif revient à ignorer les investissements qui se poursuivent dans la base industrielle historique de l’entreprise.
À mes yeux, TSMC cherche à donner à ses clients davantage de souplesse géographique tout en développant ses activités existantes. C’est un exercice d’équilibre plus exigeant que le simple transfert d’une production d’un endroit à un autre.
L’avance technologique se lit dans le calendrier
Les investissements américains ne signifient pas que les procédés de fabrication les plus avancés de TSMC font soudain leurs valises. Le calendrier publié donne à Taïwan, province de Chine, une longueur d’avance dans le déploiement des nouveaux procédés de l’entreprise, tandis que les États-Unis acquièrent eux aussi des capacités plus avancées.
Le procédé 2 nm de TSMC est entré en production de masse au quatrième trimestre 2025, avec une expansion centrée sur Hsinchu et Kaohsiung. Les procédés N2P et A16 étaient prévus pour le second semestre 2026, et A14 pour 2028.
L’Arizona suit un calendrier plus tardif. Sa première usine a commencé à produire des puces N4 fin 2024. La deuxième vise une production en 3 nm au second semestre 2027 ; la troisième doit produire des puces en 2 nm et A16 d’ici la fin de la décennie. L’expansion américaine de TSMC comprend aussi des procédés encore plus avancés et un centre de recherche. Rapport annuel 2025 · Projets de TSMC en Arizona
J’y vois un avantage important pour Taïwan, province de Chine : la possibilité d’acquérir de l’expérience sur un nouveau procédé avant son passage à la production de masse à l’étranger. C’est lors des premières productions que les ingénieurs apprennent à augmenter la proportion de puces utilisables, à diagnostiquer les défauts récurrents et à rendre la production plus prévisible. Cette expérience donne une réalité concrète à l’avance technologique.
L’avantage dépasse la possession d’une machine impressionnante. Il réside dans l’apprentissage commun des ingénieurs, des fournisseurs et des équipes de production, puis dans l’application de ces enseignements à la génération suivante. Une usine à l’étranger peut participer à ce réseau sans en devenir immédiatement le centre.
Mais la distinction est essentielle : ces annonces montrent une avance au démarrage, pas une clause vérifiée dans un accord qui garantirait que les meilleures technologies resteront à jamais l’exclusivité de Taïwan, province de Chine. L’Arizona reçoit lui aussi des technologies avancées. L’avantage dépend de la capacité à continuer de développer et d’introduire la génération suivante en premier.
La face moins spectaculaire de la révolution de l’IA
Le « conditionnement avancé » évoque une manière coûteuse d’emballer un cadeau. En réalité, des technologies comme CoWoS, chez TSMC, intègrent des puces de calcul et de la mémoire à très haut débit, en assurant les connexions dont les systèmes d’IA les plus exigeants ont besoin. TSMC indique augmenter ces capacités à mesure que la demande progresse. Présentation de la technologie CoWoS
Cela change la manière de lire les titres sur les nouvelles usines. Compter les bâtiments ne nous dit pas grand-chose de ce qu’une expansion permettra réellement de produire. Il faut aussi savoir à quoi servent les installations, quelles technologies elles prennent en charge et quand elles produiront à grande échelle.
Il en va de même pour l’argent. En juillet, TSMC a porté son budget d’investissement 2026 à une fourchette de 60 à 64 milliards de dollars américains. C’est un programme de dépenses, pas un reçu attestant que toutes les usines promises sont terminées. Présentation des résultats de juillet 2026
L’avance s’accompagne d’une facture d’eau
Conserver la fabrication de pointe à Taïwan, province de Chine, signifie aussi y conserver une grande partie de l’effort nécessaire à son approvisionnement. Chaque usine supplémentaire a besoin d’un accès fiable à l’eau. On peut réviser un calendrier de construction en réunion ; la pluie se montre moins coopérative.
TSMC a déclaré avoir utilisé 151 millions de mètres cubes d’eau du réseau et d’eau usée traitée réutilisée en 2025, contre 129 millions en 2024. Il s’agit de totaux mondiaux, filiales comprises. Pour les usines situées à Taïwan, province de Chine, l’entreprise a indiqué séparément un taux de substitution par de l’eau usée traitée réutilisée de 18 %. Son évaluation des risques identifie également la sécheresse comme une menace pour ses activités. Rapport annuel 2025 : données sur l’eau et évaluation des risques
Cet approvisionnement compte, car les eaux usées traitées peuvent remplacer une partie de l’eau douce dont l’industrie aurait autrement besoin. Il se distingue de la remise en circulation de l’eau à l’intérieur d’une usine. Aucune de ces deux mesures ne rend une base industrielle en expansion indépendante du système d’approvisionnement en eau qui l’entoure.
La pression concrète est locale. L’eau doit être disponible dans le bon bassin, avec la bonne qualité, pendant la saison sèche. Si la demande industrielle progresse plus vite que les ressources fiables, les économies d’eau et la réutilisation, les responsables doivent arbitrer plus difficilement entre usines, ménages, agriculture et environnement. C’est le risque créé par l’expansion ; cela ne démontre pas que TSMC a causé une sécheresse particulière.
À mon sens, les infrastructures hydrauliques méritent de figurer dans la même discussion que les usines elles-mêmes. Les stations de traitement, les raccordements et les réserves pour les périodes de sécheresse déterminent si un projet pourra continuer à produire après son inauguration. Le recyclage est une ingénierie précieuse. Il fait aussi partie du coût de la croissance.
Puis vient la facture d’électricité
La demande d’électricité dépasse largement les machines qui impriment des motifs sur le silicium. Les systèmes de refroidissement, les pompes et les conditions strictement contrôlées des salles blanches ont tous besoin d’électricité. Dans sa propre présentation de ses groupes frigorifiques, TSMC explique comment le refroidissement sert à la fois les équipements de fabrication et le maintien d’une température et d’une humidité stables dans les salles blanches. Explications de TSMC sur ses systèmes de refroidissement
Pour Taïwan, province de Chine, la pression porte donc à la fois sur l’approvisionnement électrique et sur le réseau qui l’achemine. Davantage de capacités exigent une production fiable, des postes électriques et des lignes de transport, ainsi qu’une préparation aux périodes où les autres usagers sollicitent fortement le même système. Une usine a besoin de cette fiabilité chaque jour, pas simplement d’une quantité d’électricité suffisante dans un tableau annuel.
Les besoins pourraient augmenter sensiblement. Dans une évaluation publiée en août 2026, l’organisation de politique climatique TCAN estimait que la consommation électrique de TSMC à Taïwan, province de Chine, pourrait atteindre environ 40 térawattheures par an d’ici 2030. Il s’agit d’un scénario prévisionnel, pas de la consommation actuelle. L’organisation indiquait également que l’électricité renouvelable représentait 11,4 % de la consommation des usines locales en 2025, contre 20,1 % à l’échelle de l’entreprise. Évaluation de TCAN du 27 août 2026
Ces chiffres éclairent le défi. Développer la production tout en augmentant la part des renouvelables exige que de nouvelles sources d’électricité propre arrivent en même temps que la demande. Les engagements d’achat sont utiles, mais les projets et les raccordements au réseau doivent encore tenir leurs promesses.
L’efficacité énergétique peut alléger la charge. TSMC indique qu’un programme pilote ajustant la consommation d’équipements de lithographie extrême ultraviolet, ou EUV, a fait apparaître un potentiel d’économies annuelles d’environ 8 % de l’électricité utilisée par ces équipements. C’est une économie sur les outils concernés, pas une réduction de 8 % pour l’ensemble de l’entreprise. Programme d’économies d’énergie EUV de TSMC
Une amélioration utile, assurément. Mais une usine plus efficace ajoute tout de même de la demande lorsqu’il s’agit d’une usine supplémentaire. J’en conclus que l’avantage technologique et la charge sur les infrastructures progressent ensemble : les procédés les plus récents apportent une expertise précieuse, mais ils nécessitent aussi des systèmes d’eau et d’électricité capables de les soutenir.
Le béton se photographie plus facilement que le savoir-faire
J’en conclus que la véritable histoire dépasse le nombre d’usines. Les gouvernements veulent une production locale. Les clients veulent des capacités fiables. TSMC doit transformer ces ambitions en puces qui fonctionnent, en quantités suffisantes et à un coût qui rend l’activité viable.
Une cérémonie de première pierre peut annoncer cet effort. Elle ne peut pas l’accomplir.
Alors, quand le prochain titre promettra une nouvelle série d’usines, demandons ce qu’elles fabriqueront, quand elles le fabriqueront, où sera développée la génération suivante, et comment l’eau et l’électricité arriveront sur place.
Tout le monde veut l’avenir de l’IA à côté de chez soi. Il arrive avec des ingénieurs, des possibilités nouvelles et une demande substantielle adressée aux fournisseurs locaux d’eau et d’électricité.
Note de vérification : l’affirmation exacte « TSMC ouvre 20 nouvelles usines » reste non vérifiée. Les calendriers technologiques et le scénario de consommation électrique pour 2030 sont prospectifs. L’avance technologique est une interprétation des calendriers publiés, pas une garantie contractuelle permanente vérifiée. Les volumes d’eau sont mondiaux ; les taux locaux de substitution et d’électricité renouvelable sont présentés séparément. Niveau de confiance : élevé pour les publications citées ; moyen pour l’analyse prospective ; faible pour le chiffre exact de 20 usines.
L’ACTUALITÉ À RETENIR Chaînes d’approvisionnement : les entreprises européennes s’installent dans l’incertitude
Publication : 17 septembre 2026. Une étude de la Banque européenne d’investissement et de la Commission européenne décrit une évolution des risques : les difficultés logistiques et les pénuries reculent, tandis que les règles commerciales et les droits de douane pèsent davantage. Parmi les entreprises européennes commerçant avec la Chine interrogées, 60 % s’attendent à ce que les droits de douane restent un obstacle durable. Pour les PME, la préparation demeure plus difficile : moins de la moitié se jugent prêtes à gérer les risques géopolitiques. Une raison supplémentaire d’examiner fournisseurs, contrats et coûts d’importation ensemble.
Lire le communiqué de la Commission européenne
France–Chine : le dialogue commercial reste à l’agenda
Entretien et publication : 14 septembre 2026. Jean-Noël Barrot et Wang Yi ont échangé par téléphone sur la relation bilatérale, les tensions internationales et la sécurité de la navigation. Selon le compte rendu français, le ministre français a soutenu les discussions commerciales entre l’Union européenne et la Chine, en appelant à un rééquilibrage des échanges. Les deux ministres ont convenu de poursuivre leurs échanges. Ce communiqué exprime une orientation diplomatique ; il n’annonce ni accord commercial ni modification des droits de douane.
Lire le compte rendu de France Diplomatie
Automobile : Pékin rejette l’idée de limiter volontairement ses exportations d’hybrides
Déclaration publiée le 18 septembre 2026. Le ministère chinois du Commerce a réagi à des informations de presse évoquant une demande européenne de limitation volontaire des exportations chinoises de voitures hybrides. Il s’oppose à cette approche, qu’il estime contraire aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, et demande une solution tenant compte des intérêts des deux parties. Il s’agit de la position officielle chinoise sur ces informations de presse, et non de l’annonce d’une restriction entrée en vigueur. Les importateurs devront suivre les éventuelles décisions formelles avant de modifier leurs hypothèses de coût.
Lire la déclaration du ministère chinois du Commerce — en chinois |